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Mon histoire avec Piaf

Je l’ai toujours, la cassette. Un nom y est écrit à la main: EDITH PIAF. C’est un cadeau de mon premier grand amour, Jérôme.

Lorsque j’ai commencé à étudier le musical et l’art dramatique, la cassette m’a accompagnée à Londres et la seule chose qui m’intéressait vraiment là-bas était PIAF. Car j’étais infectée, fascinée, ivre, touchée au plus profond de moi-même par son émotivité implacable.

On peut chanter comme ça. Mais si l’on porte en soi un monde de nostalgies et d’abîmes, de joie de vivre et de mélancolie, on DOIT chanter comme ça. Cela ne s’apprend dans aucune école, pas plus à Londres qu’ailleurs.

Alors, je suis allée à Paris pour chercher cette voix, cette sensation de vie, ce certain “savoir-vivre”. Le sentiment de liberté de la musique des rues des années 30, le Paris occupé des années 40, le jazz endiablé des années 50, le Paris bohème des années 60 – dans le style du Film Noir…

Bien sûr, je n’ai pas trouvé cela! Mais j’ai découvert un petit Paris en moi.

Je travaillais la nuît comme serveuse chanteuse dans un bar du 2ème arrondissement. À l’aube, je rentrais à vélo dans mon petit appartement de Montmartre et comptais mes francs sur le lit, mon argent si durement gagné ou plutôt ce qui en restait après tous ces verres cassés. L’après-midi, je suivais la piste de Piaf.

Je parcourais ses rues, parlais à des gens qui l’avaient connue, lisais tout ce que je pouvais trouver sur elle et dans mes rêves, je voyageais dans le temps

… Minuit à Paris…

Le Paris des années 90 n’était pas aussi romantique que je l’avais imaginé et les Parisiens pas aussi charmants mais j’y ai appris la légèreté de l’être, l’art de savourer: vin rouge, fromage, baguette, café crème, crème brûlée, fruits de mer, … la cuisine française et la joie de vivre.

De retour en Allemagne, j’ai convaincu un metteur en scène de me laisser jouer Piaf dans un spectacle. C’était en 1998 au Staatstheater de Kassel. J’étais à vrai dire trop jeune pour ce personnage autodestructeur mais l’identification artistique était si forte –  tout en moi aspirait à incarner ce rôle. Ce fût un grand succès et pour moi, chaque soir, un voyage dans des profondeurs insoupçonnées qui me poursuivaient encore plusieurs jours après.

J’ai joué le rôle de Piaf à Bielefeld, Berlin et presque même à l’Olympia à Paris mais ça, c’est une autre histoire.

Piaf m’a inspirée et poussée à écrire mes propres chansons, à puiser en moi-même, à laisser mûrir ma personnalité dans toute son ambivalence complexe, à suivre mon chemin et mes détours.

Elle m’a appris à vivre ce métier, à le sentir, à ne pas le considérer comme un travail mais à me concevoir comme une voyageuse à la recherche de la vérité et à partager exactement cela.

“Piaf au Bar” est ma déclaration d’amour toute personnelle, une symbiose de mon amour du jazz et de ma passion intacte pour la Piaf.